Un journaliste expert en « data » démocratise le sujet des données ouvertes !

Nous avons profité de la venue de Sylvain Lapoix, journaliste spécialiste de la data, membre de DatActivist, pour lui poser quelques questions sur son activité. Si vous ne comprenez rien à l’Open Data, l’interview qui suit devrait vous aider…

Fiche d’identité :

Sylvain Lapoix – 36 ans. Data journaliste chez DatActivist depuis 2016. Intervenant du Data Sandwich « Visualiser les chiffres » du 27 juin 2019 à Cobalt.


Jeudi 27 juin, Grand Poitiers organisait à Cobalt le Data Sandwich sur « Visualiser les chiffres », accompagné de l’intervenant Sylvain Lapoix.

L’objectif de cet atelier : faire découvrir les bonnes pratiques pour faire passer un message avec des données…

 

Vous avez sans doute entendu parler de l’Open Data… Petit rappel.

Selon Wikipédia : « L’open data ou données ouvertes sont des données numériques dont l’accès et l’usage sont laissés libres aux usagers. Elles peuvent être d’origine publique ou privée, produites notamment par une collectivité, un service public, un collectif citoyen ou une entreprise. Elles sont diffusées de manière structurée selon une méthode et une licence ouverte garantissant leur libre accès et leur réutilisation par tous, sans restriction technique, juridique ou financière.

L’ouverture des données (open data) est à la fois un mouvement, une philosophie d’accès à l’information, une politique publique et une pratique de publication de données librement accessibles et exploitables.
Elle s’inscrit dans une tendance qui considère l’information publique comme un bien commun (tel que défini par Elinor Ostrom) dont la diffusion est d’intérêt public et général. »

Mais comment savoir si une donnée est vraie ?  C’était notamment le sujet du dernier Data Sandwich organisé par Grand Poitiers.

Prenons l’exemple de Wikipédia, cité ci-dessus. C’est un site web encyclopédique où vous pourrez trouver n’importe quelles informations, souvent réutilisées pour des exposés. Cependant, il a ses limites en termes de fiabilité, car chaque article peut être rédigé ou modifié par n’importe qui.

L’idée de partager des renseignements consultables par tous, est un point positif à exploiter. Les activistes des données souhaitent faire en sorte que chaque message en ligne soit mis à jour et vérifié (en matière d’exactitude, de véracité). C’est le « fact checking ».

On en parle avec Sylvain Lapoix, data journaliste. Mais d’abord, quelques mots sur son parcours.

Sylvain Lapoix : le parcours.

Sorti d’une maîtrise en Histoire contemporaine puis d’une école de journalisme, Sylvain est devenu journaliste indépendant en 2012. Il a travaillé pour Marianne puis Owni en tant que rédacteur, avant d’être membre de l’équipe de Data Gueule en 2014.

Data Gueule est un programme documentaire court, qui porte sur des propos rigoureux et provoquants, de sujets de la société. Soucieux du détail, les membres de l’équipe partagent des vidéos polémiques, pour apporter une réelle réflexion sur des questions « passées sous silence ».

Enfin, en 2016, il a intégré DatActivist…

Sylvain, d’où vient votre intérêt pour l’Open Data ?

En tant que journaliste, accéder aux données a toujours fait partie de mon travail. C’est crucial de pouvoir s’informer, tout en ayant les bonnes informations. J’ai donc suivi de près l’émergence des données ouvertes, ce qui m’a valu d’intégrer DatActivist.

Un topo sur DatActivist ?

C’est une société coopérative et participative qui se donne pour mission d’ouvrir les données et de les rendre utiles, utilisées et réutilisées.

Nous travaillons avec des organisations (collectivités territoriales, administrations, ONG, rédactions, organismes coopératifs ou encore, laboratoires de recherches, sociétés privées…) qui souhaitent publier, réutiliser ou faire réutiliser des informations.

Les clients peuvent demander un accompagnement quant au développement de leur site, ou à l’exploitation de leurs données internes ou publiques. De la sorte, nous leur proposons de la stratégie en Open Data, de la formation et de la médiation (ex : organisation d’événements comme avec Grand Poitiers).

DatActivist a été créée pour combattre les omissions volontaires d’informations et les limites des données (agrégées, obsolètes ou inutilisables).

 

Comment les organismes/personnes que vous démarchez perçoivent l’ouverture des données, au premier abord ?

Très souvent, les publics non initiés, que nous démarchons, remarquent qu’il y a un intérêt dans l’Open Data, mais par manque de compréhension, ils en restent perplexes.

Cependant, ce sont habituellement les clients qui viennent nous voir, pour de la médiation de données, entre autres, car nous faisons partie d’un consortium de data journalistes qui développent, créent des outils, etc.

Peut-on associer le data activisme à la notion de liberté ?

En effet, la liberté définirait bien cette continuité qui s’opère entre l’open data, les logiciels libres et le modèle coopératif de la société.

De plus, nous fonctionnons sur un type d’entreprise horizontale, qui regroupe les aspects de l’écosystème open source, et de notre inspiration philosophique !

DatActivist, c’est une nouvelle manière de travailler et un nouvel horizon en termes de transparence politique et démocratique. D’une part, les salariés n’ont pas d’obligations horaires et d’autre part, l’ouverture des données est un moyen de contrecarrer « l’autorité du chiffre ».

Votre site mentionne la TeamOpenData, pouvez-vous nous en dire plus ?

TeamOpenData est le nom du forum qui a été créé afin de réunir tous les intéressés dans un même endroit. De cette manière, chacun peut poser ses questions ou répondre à d’autres, et ainsi échanger des savoirs sur le domaine des données ouvertes.

Comme il n’y avait pas de lieu centralisé en France pour parler de l’Open Data, l’idée du forum a paru être le lieu le plus conforme à notre politique et notre éthique, pour représenter les valeurs du partage et du libre accès.

Pour conclure, une petite anecdote représentative de l’Open Data ?

Il existe une dichotomie entre « on fait ce qu’on veut des données » et « les données sont la vérité ». Et j’ai justement une bonne anecdote pour l’illustrer !

Récemment, une ONG qui a fait des recherches sur les effectifs en entreprises, a créé une base de données ouverte à tous. Un jour, je suis allé voir par curiosité quelles étaient celles qui avaient le plus d’employés. Résultats :

  • En 1er : Droalin à Rouge Montiers (installation d’eau et de gaz) aurait plus de 510 000 employés
  • En 2ème : Une autre société serait à plus de 200 000 salariés

Il s’avère qu’en vérifiant les informations, le nombre de la case « chiffre d’affaire » aurait été noté à la place de la case « effectifs »…

Morale de l’histoire : Il faudrait mettre une intelligence dans les données, pour les contrôler et éviter ce genre de dysfonctionnement !

 

Propos recueillis par Kelly Zenkovic, service civique à Cobalt.