Découvrez EUtopia, une série de podcasts sur les modèles de sociétés résilientes en Europe !

Zoom sur 4 jeunes mettant en lumière les modes de vie alternatifs !

Hildegard Leloué : 23 ans, coworkeuse à Cobalt, anciennement chez Syko Studio, acutellement rédactrice pour N’oublie Jamais et journaliste chez Vivant le Média.

Rémi Augais : 23 ans, actuellement en Service Civique à la Toupie Volante, une ludothèque située à Ligugé.

Justine Robin: 27 ans, titulaire d’un master en anthropologie du développement durable. Anciennement coworkeuse à Cobalt chez Syko Studio.

Corentin Ribeiro : 24 ans, ancien volontaire en service civique à Cobalt, maintenant psychologue du travail et ergonome.


Pouvez-vous nous présenter EUtopia ? 

Hildegard: « EUtopia, c’est une série de podcasts de 6 épisodes de 25 minutes diffusés en février 2022. Nous avons remporté un concours créé par Europod, qui consistait à donner l’opportunité à des aspirants journalistes de proposer un projet de podcast avec des thèmes originaux. 6 groupes de 6 pays différents ont remporté ce concours, nous sommes donc les lauréats français, on représente la France en quelque sorte ! Ce projet consiste à analyser le fonctionnement de différentes communautés autonomes dans 6 pays différents (en Europe), et de comprendre leur mode de fonctionnement, leur mode de vie, leur société, leur alimentation…

Dans chaque épisode, il y aura différents types de contenus. Nous visiterons une communauté par épisode, et chacun d’entre nous abordera un thème qui lui est propre. 

Il y aura, entre autres, des sujets comme la psychologie du travail pour Corentin, ou des chroniques un peu différentes pour Rémi… »

Rémi : « Oui, je ne savais pas vraiment quel sujet aborder et je voulais apporter quelque chose d’un peu différent, c’est pourquoi j’ai décidé de faire une chronique sensorielle, en lien avec les thèmes des voyages ! On pourra donc retrouver des recettes de cuisine locale, ou une atmosphère spéciale que l’on ressent sur place… »

Hildegard : « On pourra aussi retrouver des interviews de spécialistes des communautés autonomes, avec un thème différent par épisode… Habitat, politique, culture, agriculture, énergie, économie… Il y a plein de sujets à aborder ! »

Comment s’est créé le projet et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Hildegard : « Pour ma part, j’ai longtemps eu l’envie de monter un podcast. Je m’intéressais beaucoup à l’écologie et aux communautés autonomes, et je trouvais contradictoire d’écrire des articles sur la transition écologique et d’avoir un mode de vie “normal”. J’avais envie d’aller plus loin et de ne pas simplement me limiter à trier les déchets ou à faire mon propre compost. Je voulais savoir ce que ça fait d’avoir un mode de vie plus sobre. De part ma formation en psychologie et en sciences sociales, étudier différents modes de vie à toujours été quelque chose qui m’intéressait.

À ce moment là, j’étais en coworking à Cobalt avec Justine, nous travaillions pour Syko Studio, et nous avons rencontré Corentin, volontaire en service civique. Je leur ai donc parlé de ce projet, ils ont tout de suite accrochés.

Un autre facteur qui me donnait envie de lancer un projet comme celui-ci, c’est que plein de podcasts de ce genre existent déjà, mais ils sont très souvent uniquement portés vers les communautés autonomes françaises, et très souvent seulement sous forme d’interview ou de reportage… Nous, on voulait donner une vision plus globale…

Pour cela, pourquoi ne pas utiliser nos propres connaissances, et y aller avec un regard moins naïf ? Nous ne voulons pas faire la promotion de ces lieux et de ces modes de vie, mais seulement montrer que cela existe, ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas… »

Justine : « Pour ma part, j’ai déjà eu quelques expériences dans des modes de vie “différents”, j’ai par exemple vécu en caravane pendant mes études, j’ai aussi participé à des festivals autogérés et j’ai tout de suite été convaincue par le projet de podcasts. »

Racontez-nous votre premier voyage !

Hildegard: « Nous sommes allés en Espagne, à Sunseed, un village autonome en plein désert au sud d’Almeria, en Andalousie, durant 4 jours. 

Pour commencer, Rémi s’est occupé de la logistique, car, comme vous pouvez vous en douter, le voyage est long de Poitiers à Almeria. De plus, le train que nous devions prendre a été annulé pour cause de travaux sur la ligne… Nous avons donc dû y aller en voiture, pour un trajet d’environ une quinzaine d’heures… (Cela aurait pris autant de temps en train). Dans le cadre de notre projet, que l’on voulait le plus responsable possible en matière d’utilisation d’énergies non-renouvelables, nous nous refusons à prendre l’avion, qui pollue énormément et qui serait un peu hypocrite quant à la vision que nous avons de notre projet ! Nous voulons toujours (dans la mesure du possible) utiliser les moyens de transports en commun.

Dans ce village, on a pu explorer leur façon d’être autonome, et aussi ce qui les en empêche, découvrir les différents obstacles à l’autonomie qu’ils peuvent rencontrer, en plein désert andalou, dans un climat aride… On a remarqué qu’ils ne subissent pas leur situation mais qu’ils s’y adaptent. Grâce à des panneaux solaires, ils utilisent de l’électricité dans les cuisines pour s’éclairer ou faire tourner une bouilloire , il y a aussi des fours solaires, un cuiseur solaire, des séchoirs solaires, ils génèrent du méthane par leur déchets, grâce à un bio-digesteur de déchets. On peut donc dire qu’ils sont vraiment avancés sur l’autosuffisance, même si forcément, les périodes où il n’y a que très peu de soleil peuvent parfois être compliquées.

Un ingénieur que nous avons rencontré sur place nous a expliqué quelques contraintes qu’ils rencontrent, comme le fait de ne pas pouvoir effectuer de chargement d’appareils électriques (portables, ordinateurs…) la nuit, et que la consommation d’énergies était forcément plus compliquée la nuit. Il nous a aussi montré le système d’eaux usées du village, et comment ils récoltent de l’eau potable grâce à la rivière du village. Pour eux, l’eau est une énergie et non pas une ressource, ils sont vraiment inventifs et ingénieux.. Cependant, ils ne sont pas complètement autonomes. On nous a montré ce qui fonctionnait ET ce qui ne fonctionnait pas, nous ne voulions pas nous concentrer uniquement sur le positif mais bien sur la chose dans son ensemble.

On a rencontré un homme, Santos, qui avait pour métier de surveiller et de faire attention à ce qui se passait dans cette rivière. Il fait cela depuis tellement longtemps qu’il arrivait à savoir s’il y avait quelque chose d’anormal dans la rivière à l’oreille, juste en écoutant le flot de l’eau qui s’écoule…

Pour l’anecdote, plus tard, nous avons fait une balade de deux heures avec Santos dans les montagnes de sélénite entourant Sunseed, en remontant le cours de la rivière.  C’était un moment très inspirant et enrichissant… On suivait Santos, qui écartait la végétation avec sa machette, on essayait de le suivre en faisant attention à ne pas tomber dans l’eau, on est remonté jusqu’à la source de la rivière en passant dans des tunnels dans la montagne… C’était vraiment une expérience de reportage inouïe ! »

Comment les locaux ont-ils réagi à votre venue ? 

Hildegard, Rémi & Justine : « Tout d’abord, on a passé beaucoup de temps sur internet à chercher des endroits où on pourrait aller. Ça a été assez compliqué car, à part le village autonome français dans lequel nous irons, nous ne pouvons pas les appeler car nous n’avons pas le même forfait dans chaque pays… Nous les avons donc contactés par mail, mais le temps d’attente pour une réponse est donc évidemment bien plus long… Donc pour un projet qui est censé être terminé d’ici février, ça a été compliqué. Certaines communautés étaient trop occupées pour nous recevoir, d’autres ont accepté de nous entendre…

Une fois le contact établi avec les personnes en charge de ces villages, nous avons dû expliquer bien en détail et de manière très précise le but de notre visite, quel type de questions nous voulions poser, etc… 

Vous devez vous en douter, mais on nous a beaucoup parlé de journalistes qui sont venus, en apparence, pour découvrir leur mode de vie, mais qui, au final, étaient totalement désintéressés ou qui posaient des questions déplacées, indiscrètes, et jugeantes sans le moindre respect. Donc forcément, maintenant, ils se méfient.

On ressent donc le besoin de les rassurer, mais une fois que cela a été fait, on s’est vite rendu compte que c’était des gens très ouverts qui n’hésitaient pas à répondre à nos questions ! »

La barrière de la langue ne vous a pas fait peur ? 

Hildegard, Rémi & Justine : « Honnêtement, ça n’a pas été le plus gros problème. Généralement, ces lieux sont très cosmopolites, donc l’anglais y est fortement parlé. Pour le reste, il est arrivé que certaines conversations soient parlées en 3 langues, ou avec des signes approximatifs *rires* mais ça rajoute de la convivialité et ça nous rapproche ! Le plus difficile, c’est que les podcasts doivent être réalisés totalement en français, donc on va devoir doubler toutes les séquences qui ne le sont pas, ça va demander beaucoup de travail. »

Avez-vous rencontré des difficultés ? Lesquelles ?

Hildegard : « Un projet mené dans 6 pays différents implique forcément le besoin d’avoir beaucoup de temps à consacrer à ce projet. Et ce n’est pas toujours facile, il faut avoir la chance d’avoir un employeur qui est prêt à nous en accorder. On essaye de trouver des dates en fonction des congés de chacun, on est aussi très dépendants des transports en commun… Par exemple, à Sunseed, nous avons pris un bus qui faisait la navette entre plusieurs petites villes locales, mais dans des endroits comme ça, il y a au maximum 2 ou 3 passages dans la journée, à des heures très distanciées, donc il ne faut pas le rater ! Aussi, comme nous l’avons dit précédemment, entre Poitiers et Almeria, on en a pour environ 15h de voiture donc c’est très fatiguant, mais c’est le prix à payer pour ne pas utiliser l’avion…

Rémi nous a fait beaucoup de bien au niveau logistique, au niveau du budget, etc, grâce à de nombreux tableaux excel ! *rires* »

Rémi : « On a aussi rencontré une contrainte temporelle… 3 mois pour faire 6 épisodes, c’est court ! Surtout qu’il y a beaucoup de parties différentes, du montage et des doublages à faire… C’est un sacré défi ! »

Quelque chose à ajouter ?

Hildegard : « Oui, une petite anecdote ! Durant la totalité du séjour, nous avons mangé végan et sans gluten, des plats issus en quasi totalité des jardins de la communauté. Et nous devions rentrer le dimanche, donc le jour où tout est fermé… On a donc dû s’arrêter manger dans une station service, endroit où la nourriture n’est pas forcément… très saine *rires* On s’est donc résolu à manger des gâteaux apéritifs ! *rires* La transition entre une nourriture très saine et cela a été assez compliqué !

Et j’aimerais aussi ajouter une citation de Théodore Monod, “L’utopie n’est pas l’irréalisable mais l’irréalisé ». Je trouve que cette citation justifie assez bien notre podcast. Pour nous, les villages et communautés autonomes, ce n’est pas une forme de vie utopique. Il ne faut pas les considérer comme des hippies, ni même comme des sociétés en autarcie… Ce n’est pas qu’un doux rêve ! »

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Propos recueillis par Marius Besson, volontaire en service civique à Cobalt.