Focus sur Julie, une coworkeuse au parcours hors du commun !

Julie Dumortier, présidente de différentes sociétés, nous dévoile son parcours !

Fiche d’identité :

Julie Dumortier, 53 ans, présidente de plusieurs sociétés, coworkeuse à Cobalt depuis mai 2022.


Peux tu nous présenter ton parcours ? D’où tu viens, tes études, tes premières expériences professionnelles…

Déjà, je n’aime pas l’école… *rires* Mais j’ai compris qu’il fallait des diplômes en France, donc j’ai fait une formation initiale en informatique, un BTS informatique industriel, j’ai enchaîné sur une licence en développement de logiciels, puis une maîtrise en micro électronique, qui était très intéressante car elle m’a permis de voir le fonctionnement interne des technologies qu’on manipule. Enfin, j’ai fait un DEA en Intelligence Artificielle, j’ai commencé une thèse que j’ai arrêtée pour créer une première société avec quelqu’un de plus âgé que moi qui occupait un rôle de commercial.

On faisait notamment du contrôle commande dans des théâtres pour déplacer les décors, parfois pendant les spectacles, j’ai des références comme les théâtres de Nantes, Montpellier, l’Opéra Garnier et du contrôle d’accès d’endroits plutôt prestigieux, notamment la sécurité de l’Elysée à l’époque ou encore la protection de la maintenance du TGV nord. On faisait les premiers badges sans contacts, tout ça dans le milieu des années 90. 

Ça a donc été une première expérience ou j’ai tout connu, je démarre ma propre entreprise, elle se développe bien, et elle se casse la gueule ! *rires* Tout ça en l’espace de 7 ans, 5-6 ans de montée pour une descente d’1 ou 2 ans.

Ensuite j’ai fait différentes missions à Miami, ou en freelance etc… Et j’ai rejoint Oberthur Card System, qui s’appelle maintenant Idemia, dans les cartes à puce. C’était la première fois que je bossais dans une grosse société, et ayant une personnalité créative et autonome, j’ai toujours eu tendance à faire de l’intrapreneuriat, j’ai développé les premiers prototypes de cartes à puce sans contact, notamment ce que l’on utilise aujourd’hui dans les passeports ou pour le paiement sans contact, avec Paypass à l’époque. J’étais la responsable de cela dans les années 2000, je sentais qu’il y avait un marché avec un fort potentiel autour de ça, donc j’ai discuté avec la direction générale de l’entreprise pour leur demander de me laisser développer mon business autour de cela, mais ils étaient en difficulté financièrement à l’époque, et m’ont dit que c’était pas le moment et qu’il fallait que je patiente, donc j’ai donné ma démission.

J’ai ensuite travaillé chez Sagem Mobiles, qui m’avait proposé quelque chose qui m’avait plutôt challengé, toujours dans une logique d’intrapreneuriat, qui était d’utiliser la technologie Java pour créer les premiers jeux sur téléphones mobiles, et en couleur ! 

Donc après avoir constitué mon équipe, on a travaillé avec le détenteur de cette technologie à l’époque (Sun Microsystèmes), et on a sorti nos premiers jeux en couleur au début des années 2000, myX5 pour les connaisseurs ! En parallèle de cela, avec deux amis, nous avons créé Inseal, une startup qui avait pour objectif d’exécuter le projet de puces sans contact que j’avais eu chez Oberthur.

J’étais convaincue que ce marché était à développer, on travaillait là-dessus dans “notre garage” les soirs et les week-ends entre 2003 et 2006, et on a finalement développé un produit qui permettait de payer sans contact, certifié par VISA ! Par la suite, un gros acteur côté sur le NASDAQ a proposé de nous racheter et nous avons accepté. C’était ma première grande réussite en tant qu’entrepreneuse.

À la fin des années 2000, j’avais pas mal de temps libre puisqu’on venait de vendre notre boîte, et j’ai décidé de passer un MBA (Master of Business Administration). J’ai pris cette décision parce qu’au final, j’avais eu un sentiment de frustration, comme si je n’avais rien géré. On était dans une dynamique de forte croissance, et on a sorti le bon produit au bon moment, et donc, j’étais frustrée de ne pas avoir été la patronne du marketing. Pour moi, la réussite d’une boîte passe avant tout par le marketing produit qui DOIT être réalisé par son dirigeant. Je passe donc ce MBA pour me préparer à être dirigeant d’une entreprise, et donc c’est en partie grâce à ce diplôme que quand je vais croiser Metrixware en 2010, je vais me sentir capable de la reprendre et de la diriger.

Pour moi, gérer une boîte, c’est un ensemble de plein de choses, et pas que de la finance, ou que du marketing, il faut en premier lieu être drivé par un produit. 

Pour revenir à la période des années mi-2000, j’ai continué de travailler chez SAGEM, c’était un travail qui me plaisait, et la réussite du Java avait fait qu’on m’avait donné beaucoup plus de responsabilités, en charge de tout le pôle logiciel sur les téléphones 3G. Toujours dans la même période, j’ai décidé de réinvestir l’argent gagné lors de ma vente dans une dizaine de projets que je trouvais intéressants, dont Metrixware, en créant un petit fond d’investissement avec des Business Angels. 

Finalement, j’ai quitté SAGEM sur un coup de tête, parce que je n’étais plus d’accord avec leur stratégie, qui d’ailleurs les aura fait disparaître ! *rires* Je voulais construire un téléphone mobile sous androïd, eux avaient d’autres projets… Tant pis !

J’ai toujours eu la chance d’avoir des supers équipes durant mes différentes expériences professionnelles, certaines ont été des succès, d’autres ont été plus compliquées… Il n’y a pas de recette miracle, ce n’est pas parce que tu rates une fois que tu vas toujours rater, et ce n’est pas parce que tu réussis une fois que tu vas toujours réussir. il faut continuer, si tu as des idées, il faut les mettre en œuvre !

Et aujourd’hui, quelles sont tes activités ?

Je suis arrivée un peu par hasard en Afrique en 2016, j’ai créé une société là-bas en 2018, Kewel, qui est une ESN. A l’époque, j’ai eu l’impression qu’il me manquait des éléments pour réussir à comprendre le développement économique d’un pays que je ne connaissais pas, il me manquait un réseau, je ne savais pas comment fonctionnait l’Afrique de l’ouest… Et j’ai donc fait un Master “Potentiel Afrique” à Sciences Po en 2020, j’en suis ressortie avec les félicitations du jury. L’occasion surtout de travailler avec le ministère des transports du Sénégal sur la réhabilitation et la modernisation du chemin de fer. J’ai écrit un livre à ce sujet !

Pour moi le principal aujourd’hui, c’est de mener des projets qui ont un impact positif sur les populations. Bien sûr, je fais aussi ça pour gagner de l’argent, mais j’ai à cœur à ce qu’il y ait un impact socio-économique fort. Je suis présidente de plusieurs projets, j’essaye de leur donner une vision, de les aider à définir où est-ce qu’on emmène le produit, les aider à trouver quelle stratégie utiliser, vers quel type de développement se tourner, trouver des partenaires clés… J’essaye de faire pareil pour Metrixware d’ailleurs ! 

J’accompagne deux sociétés, Danapay qui fait du transfert d’argent B2B (Business to Business) entre la zone euro et l’Afrique, et H@twork que je viens de rejoindre en tant que président du board, qui propose des tickets restaurants dans les pays d’Afrique de l’ouest.

Avec la première, on cherche à construire un flux économique fluide pour développer le commerce. Avec la seconde, on cherche à développer la qualité de vie, notamment au travail dans les pays d’Afrique de l’ouest, qui sont plutôt dures actuellement, donc réussir à bien se nourrir, pouvoir se loger, notamment avec des cautions, etc…

En pratique, j’essaye d’aider dans tout ce qui est stratégique, et je laisse l’exécution aux plus jeunes qui sont à temps plein ! *rires* Aujourd’hui, j’habite à Vivonne et à Dakar, donc je suis à mi-temps sur chaque continent.

Et c’est quoi Metrixware ? 

Comme je disais, en 2010 j’ai croisé Metrixware, qui était dans une situation assez difficile, j’aimais bien le projet donc j’ai décidé de le racheter, avec la totalité de sa dette, que nous avons d’ailleurs totalement remboursé aujourd’hui. Metrixware, pour moi, c’est une petite pépite, c’est un éditeur de logiciel au niveau mondial, on a des clients au Japon, en Amérique … Même si c’est un produit de niche – la modernisation des systèmes d’information – c’est une entreprise extrêmement rentable. 

Quels sont les ups et les downs de ton job ? 

Ce que j’adore, tout d’abord, c’est brainstormer des solutions. Et ensuite, j’aime beaucoup l’aspect mentoring. Au contraire du coaching d’ailleurs ! Selon moi, le coaching, ce serait plutôt une démarche ou tu expliques à une personne ce qui serait bien pour son projet, alors que le mentoring serait plus le fait de témoigner à propos de situations, poser des questions, pour que la personne puisse réfléchir par elle-même, trouver la solutions à ses problèmes toute seule. Je n’aime pas trop les conseillers, je préfère accompagner, poser des questions… C’est cet aspect du travail en commun que j’aime, réfléchir à plusieurs, réussir à faire un pas de côté, essayer de voir la situation sous un autre angle, ce qui demande de sortir de sa zone de confort. C’est quelque chose que j’arrive à faire assez naturellement, par exemple les lignes de trains sénégalaises, ce n’était pas quelque chose sur laquelle j’étais préparée avant d’avoir à bosser sur ce sujet. 

Et ce que j’aime le moins, comme tous les dirigeants je pense, c’est le côté administratif ! *rires* On croule sous les démarches administratives, et j’ai l’impression que c’est de pire en pire ! Bien sûr, je me fais aider mais parfois, c’est du délire ! Et je ne supporte pas faire quelque chose qui ne crée pas de valeur, donc l’administratif… C’est pas mon truc ! *rires*

Est-ce que tu as une expérience, ou une anecdote marquante de votre parcours à nous raconter ?

Oui ! Quand on a vendu Inseal, l’acheteur nous a envoyé un fax en nous disant qu’il passait à Paris pour qu’on signe la cession. Étant toujours sous contrat chez SAGEM à l’époque, j’ai dû passer pour le sleeping partner au moment de la cession, c’est à dire en gros, la personne qui a des parts mais qui ne sert à rien ! *rires* Alors qu’à la base, nous étions vraiment 3 associés, un qui bossait sur la partie business, un autre sur la partie projets, et moi sur la partie technique, mais il ne fallait pas le dire au racheteur. Du coup, quand j’intervenais, il me disait “Je ne parle pas avec les sleeping partners” ! *rires* Il y avait un côté drôle, mais c’était aussi plutôt frustrant parce qu’à la base ce projet, c’était mon idée. 

Et donc, le moment où nous devions signer les contrats arrive, donc des contrats de 300, 400 pages. Les avocats avaient donc une machine qui permettaient de signer juste une page pour qu’elle scelle ensuite le contrat… Et elle était en panne… *rires* On a donc dû signer et parapher chaque pages de 7 ou 8 fois le même contrat de 400 pages ! *rires* Je suis rentrée chez moi vers 3-4h du matin, je me suis faite engueuler… *rires* C’était une nuit très bizarre, mais je pense que la première cession est toujours assez marquante ! 

Parlons du coworking ! 

As-tu déjà fait du coworking avant Cobalt ?

Oui, en formule mixte. Il y a 3-4 ans, pour Metrixware, on a décidé de se mettre dans une formule de coworking chez Spaces à Paris, qui propose, un peu comme Cobalt, des bureaux en open space et des bureaux fermés. Parce qu’à la base avec Metrixware, nous étions dans des locaux un peu tristes, ça ressemblait à un garage… Nous avions peut-être un peu honte de notre statut d’entreprise en redressement judiciaire, mais bon arrivé à un certain point, je me suis dit qu’on avait besoin de sortir de tout ça, de voir du monde et de ne plus être tous seuls dans notre coin. Et je pense que ça a vraiment été un virage psychologique pour l’entreprise, on s’en sortait bien et on remboursait notre dette petit à petit… Donc avoir des bureaux dédiés, tout en étant au milieu de plein de monde, c’était vraiment une belle occasion. Malheureusement, la crise du covid a fait qu’on ne pouvait plus forcément bénéficier de toutes les activités, et c’était aussi un endroit qui était assez cher, donc on a décidé de retrouver un espace plus centré sur nous-même. 

Globalement, je pense que le coworking est une formule excellente pour les gens qui démarrent, qui n’ont pas de locaux au lancement de leur boîte, mais je pense que pour une société établie, qui a sa propre histoire à construire et ses valeurs spécifiques, c’est moins bon, elle aurait plutôt besoin de créer, et renforcer les liens entre ses employés plutôt qu’avec d’autres personnes extérieures.

Qu’est-ce que tu préfères à Cobalt ?

C’est près de la gare ! *rires* Je n’ai pas de voiture, donc c’est pratique ! Sinon, l’équipe est très cool, il y a un bon état d’esprit, qui est plutôt associatif et moins commercial, on est un peu comme à la maison.

Dîtes nous en plus sur vous !

As-tu une ou plusieurs passions ? Lesquelles ?

J’en ai plein ! Je suis amatrice de bande-dessinées, plutôt belges en général, j’ai été formée avec Jo et Zette notamment, et Quick et Flupke ; Hergé ce n’est pas que Tintin !

J’étais aussi passionnée de photographie quand j’étais plus jeune, avec une période très prolifique qui s’est arrêtée quand on est passé au numérique. J’y suis un peu revenue grâce aux téléphones portables, qui peuvent aujourd’hui faire des photos de qualité, et cela rejoint une autre passion que j’ai qui est la plongée sous-marine. J’en faisais quand j’étais plus jeune, et j’ai arrêtée pendant 28 ans suite à une mauvaise expérience, et j’ai reprise en décembre dernier, quand j’étais aux Maldives, j’étais sur une toute petite île, j’étais partie me ressourcer sur une grande plage, et comme je n’avais pas grand chose à faire, je me suis remise à la plongée, mais avec une approche plus détendue et moins technique. Et je photographie donc la faune et la flore aquatique ! Et je pars justement très bientôt en stage de plongée au Sénégal, et je compte passer mon monitorat d’ici Septembre. 

Et je fais aussi du modélisme, et j’écris des livres, des poèmes, ou des contes pour enfants, dans un cercle plus personnel ! 

Un style musical préféré ?

J’aime beaucoup U2, et Alicia Keys depuis quelques années… Mais je n’ai pas trop l’oreille musicale, donc en général j’écoute ce qui passe, sans trop écouter…

As-tu un film préféré ?

Les chroniques de Riddick ! J’adore Vin Diesel, et c’est un film de science-fiction, qui a 15-20 ans mais qui n’a pas vieilli ! J’ai aussi adoré le dernier Dune, qui était beaucoup plus réussi que le premier… Pour avoir lu passionnément les livres de Franck Herbert, l’ambiance rendue est vraiment ce que j’imaginais en lisant !

Si tu étais un animal, lequel serais tu ?

Un guépard, c’est la mascotte de Metrixware ! 

Plutôt matinale ou arrivée tardive ?

Matinale, je tombe du lit ! Et je me couche tard, donc je dors peu ! *rires*

Quel est ton indispensable au bureau ?

Mon carnet ! Je note tout ! Il m’est arrivé de ressortir des carnets 5 ou 6 ans après, en disant à une personne “Tu vois, je l’avais écrit !” *rires*

Selon toi, quelle est l’invention la plus inutile ?

La monnaie virtuelle… Mais plus généralement, toutes les technologies qui éloignent des rapports humains. J’aime bien dire que le virtuel rapproche les gens qui sont loins mais qu’il éloigne les gens qui sont proches… On a besoin de contacts humains, de choses simples !

Et pour finir, complète la phrase « Pour ma défense, je… »

Je suis une toulousaine adoptée par des belges !

 

Propos recueillis par Marius Besson, volontaire en service civique à Cobalt